apvs

Maria Valtorta en résumé : en guise de conclusion au Protévangile.

Ce passage de Maria Valtorta (tiré de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, dans les écrits d’accompagnement de son œuvre) est une méditation sur la mission de victime offerte, le réconfort de Dieu envers une âme souffrante, et le rôle spirituel que Jésus attribue à Maria Valtorta comme « porte-voix ».
EMV 15 maria-valtorta.org/Publication/TOME …
Résumé :

Jésus annonce à Maria Valtorta que le temps d’une grande période de souffrance arrive à son terme. Il lui révèle qu’il l’a volontairement plongée dans des visions célestes afin de l’épargner de la violence et de l’horreur des événements qui secouent le monde (le contexte évoqué est celui de la guerre). Comme un enfant protégé par sa mère, elle a été préservée d’une réalité trop douloureuse qu’elle n’aurait pas pu supporter.
Jésus lui explique toutefois que sa souffrance ne disparaît pas entièrement, car elle demeure une « victime » offerte pour le salut des âmes. Mais une partie de ses épreuves, liées aux circonstances extérieures …Plus

2300
apvs

🤡
Cet article contient une intuition théologique juste, mais il en tire ensuite une conclusion qui ne s'impose pas.
C'est précisément là que se situe sa faiblesse.
Voici comment l'analyser.
1. Son point de départ est excellent
L'auteur rappelle plusieurs vérités profondes :
les Évangiles sont volontairement sobres ;
chaque détail retenu est significatif ;
le but de l'Écriture n'est pas de satisfaire notre curiosité ;
la Révélation publique est complète en Jésus-Christ ;
l'Écriture conduit à la contemplation plus qu'à la simple érudition.
Tout cela est profondément traditionnel.
Vous remarquerez d'ailleurs que cela rejoint presque mot pour mot ce que disent de nombreux Pères de l'Église.
Jusque-là, il n'y a pratiquement rien à redire.
2. Là où le raisonnement devient discutable
L'auteur semble sous-entendre :
Puisque Dieu a voulu des Évangiles sobres, toute tentative de les développer est contraire à la volonté divine.
Or cette conclusion ne découle absolument pas des prémisses.
C'est un saut logique.
En logique, cela reviendrait à dire :
Dieu a choisi quatre Évangiles sobres.
Donc Dieu ne peut plus jamais donner de méditations ou de lumières privées développant certains épisodes.
La seconde proposition ne découle pas de la première.
3. Les Évangiles eux-mêmes annoncent qu'ils sont incomplets
C'est ici que l'argument devient particulièrement fragile.
Saint Jean écrit :
« Jésus a fait beaucoup d'autres choses… »
puis
« Le monde entier ne suffirait pas à contenir les livres... »
Jean insiste donc lui-même sur le caractère sélectif de son récit.
Autrement dit :
la sobriété ne signifie pas que le reste n'existe pas.
Elle signifie seulement :
ce reste n'était pas nécessaire au salut.
C'est très différent.
4. La Tradition confirme cette distinction
Si l'on suivait jusqu'au bout la logique de Lux Æterna, il faudrait également rejeter :
les noms d'Anne et Joachim ;
la Présentation de Marie au Temple ;
plusieurs traditions liturgiques antiques ;
quantité de détails rapportés par les Pères.
Pourtant, l'Église ne l'a jamais fait.
Elle a toujours distingué :
ce qui appartient au dépôt de la foi ;
ce qui relève de traditions vénérables ou de révélations privées.
Autrement dit :
la sobriété des Évangiles n'a jamais empêché l'Église d'accueillir d'autres traditions lorsqu'elles étaient jugées compatibles avec la foi.
5. Le paradoxe de Lux Æterna
C'est peut-être le point le plus frappant.
Dans ses autres articles, Lux Æterna décrit très abondamment :
les vêtements de Marie ;
l'architecture de Nazareth ;
les habitudes alimentaires ;
la vie quotidienne ;
les coutumes juives.
Il le fait à partir de l'archéologie et de l'exégèse.
Or ces détails ne figurent pas davantage dans les Évangiles.
L'auteur accepte donc lui-même qu'il soit légitime de compléter notre connaissance du contexte historique lorsque cela repose sur des sources qu'il estime fiables.
Dès lors, la question n'est plus :
« Peut-on compléter notre connaissance ? »
Il répond déjà oui.
La vraie question devient :
« Quelles sources peut-on utiliser ? »
C'est une question entièrement différente.
6. Maria Valtorta ne prétend pas compléter la Révélation
C'est un point souvent oublié.
Dans la perspective catholique, les écrits de Maria Valtorta ne prétendent pas :
ajouter un nouveau dogme ;
compléter l'Évangile au sens de la Révélation ;
remplacer l'Écriture.
Ils proposent une contemplation développée de scènes évangéliques.
L'Église enseigne précisément que les révélations privées, même lorsqu'elles sont reconnues dignes de foi humaine, n'appartiennent pas au dépôt de la foi.
Autrement dit, leur existence n'entre pas en concurrence avec la sobriété des Évangiles.
7. Une notion que l'article ne prend pas en compte : la pédagogie progressive
On peut aller plus loin.
Dieu a voulu :
des Évangiles extrêmement sobres au Ier siècle ;
puis une Tradition vivante ;
puis des siècles de contemplation des saints ;
enfin, chez certains mystiques, des méditations plus développées.
Il n'y a aucune contradiction entre ces différents niveaux.
C'est exactement ce que l'on constate dans toute l'histoire de la spiritualité catholique : les commentaires de Augustin d'Hippone, Thomas d'Aquin ou Jean de la Croix développent eux aussi considérablement le texte inspiré, sans prétendre l'augmenter.
Conclusion
Je trouve que cet article contient une belle méditation sur la nature des Évangiles, mais qu'il devient moins convaincant s'il est utilisé comme argument contre les révélations privées.
En réalité, la sobriété des Évangiles démontre seulement que Dieu n'a pas jugé nécessaire de tout révéler dans l'Écriture. Elle ne démontre pas que Dieu ne puisse jamais accorder, dans l'histoire de l'Église, des lumières privées destinées à nourrir la contemplation, à condition qu'elles ne prétendent ni corriger ni compléter la Révélation publique.
On peut même relever une certaine tension interne dans la démarche de Lux Æterna : d'un côté, l'auteur célèbre à juste titre le caractère non exhaustif des Évangiles ; de l'autre, il enrichit lui-même leur cadre historique grâce à l'archéologie et à l'exégèse. La question de fond n'est donc pas de savoir s'il est légitime d'éclairer les silences des Évangiles, mais selon quels critères on évalue les différentes sources susceptibles de le faire. C'est sur ce terrain que devrait se situer le débat avec Maria Valtorta, plutôt que sur le seul argument de la « sobriété » évangélique.

apvs

Décryptage des livres-sources proposées par L.E. :
Ces deux ouvrages sont des travaux universitaires sérieux.
1. "Un certain Juif : Jésus. Les données de l'histoire". Tome 1 de John P. Meier
C'est l'un des ouvrages majeurs de l'exégèse historico-critique contemporaine.
Le principe méthodologique de Meier est bien connu :
il cherche à reconstituer le « Jésus de l'histoire », en utilisant uniquement les outils de l'historien.
Il se demande ce qu'un historien pourrait conclure en faisant abstraction de la foi chrétienne.

Meier insiste lui-même sur le fait que :
- il ne cherche pas à démontrer ni à réfuter la foi ;
- il laisse volontairement de côté les affirmations qui relèvent de la Révélation ou du jugement théologique ;
- il ne traite que ce qui est historiquement probable selon les critères de l'historien.
Cette méthode a une utilité réelle, mais elle comporte aussi une limite reconnue par Meier lui-même : l'histoire ne peut pas démontrer le surnaturel, ni inventer ce qu'elle ignore,
et surtout en ce qui concerne l'Antiquité, elle ne peut donc souvent aboutir qu'à des conjectures, pas à des certitudes.
C'est à l'opposé de la démarche de L.E., qui prend la science de l'Antiquité pour une science certaine, capable de réfuter définitivement des récits traditionnels acceptés par l'Église.

2. "The Roman-Period and Byzantine Nazareth and its Hinterland" de Ken Dark
Ken Dark est un archéologue renommé, spécialiste de la Palestine romaine.
Son livre rassemble :
- les découvertes archéologiques sur Nazareth ;
- les habitations ;
- les tombes ;
- les installations agricoles ;
- les églises byzantines ;
- les traditions locales lorsqu'elles peuvent être confrontées aux données archéologiques.
Dark est d'ailleurs souvent plus favorable aux traditions chrétiennes que beaucoup d'autres archéologues.
Il a défendu la plausibilité de plusieurs traditions anciennes concernant Nazareth.
Il ne cherche pas à attaquer les traditions catholiques ; il cherche à savoir lesquelles sont confirmées, possibles ou non démontrables par l'archéologie.
Est-ce du scientisme ?
Il faut faire une distinction importante.
Non, ces ouvrages ne relèvent pas, en eux-mêmes, du scientisme.
Le scientisme consiste à affirmer :
« Seule la science expérimentale ou historique permet d'accéder à la vérité. Tout ce qui ne peut être démontré scientifiquement doit être rejeté. »
---> Or ni Meier ni Dark n'énoncent une telle thèse comme principe philosophique.
En revanche, l'usage que certains auteurs comme L.E. font de leurs travaux peut relever d'une forme de scientisme.
Par exemple, si quelqu'un raisonne ainsi :
« Les archéologues n'ont trouvé aucune preuve que Marie ait été élevée au Temple ; donc cette tradition est fausse. »
ce raisonnement est très fragile, car il confond deux propositions très différentes :
- « nous n'avons pas de preuve historique » ;
- « l'événement est faux ».

---> L'absence de preuve n'est pas une preuve de l'absence.
Or en archéologie comme en histoire antique, l'absence de preuve est monnaie courante.

Le cas de la tradition de Marie au Temple
La tradition selon laquelle Marie fut présentée et élevée au Temple provient principalement du Protévangile de Jacques.
L'Église :
- n'a jamais défini ce récit comme un fait historique obligatoire ;
- a cependant reçu cette tradition dans sa liturgie (fête de la Présentation de Marie) ;
- plusieurs Pères et auteurs spirituels l'ont reprise ;
- de nombreuses révélations privées (comme celles de Anne Catherine Emmerich, de sainte Brigitte de Suède, de sainte Elisabeth de Ganau, de Maria d'Agreda ou de Maria Valtorta) la reprennent également.
---> L'historien peut dire :
« Je ne peux pas établir historiquement que Marie ait vécu au Temple. »
Mais il ne peut pas conclure :
« Donc cela n'a jamais eu lieu. »
---> Ce second pas relève d'un jugement polémique, non d'une conclusion historique.
Concernant L.E.
S'il s'appuyait sur Meier ou Dark pour dire :
« Les données historiques ne permettent pas de confirmer cette tradition »,
ce serait une utilisation légitime de leurs travaux.
Mais en réalité, son argument devient :
« Puisque l'histoire et l'archéologie ne la démontrent pas, cette tradition est une légende sans valeur »,
et ainsi, il y a effectivement un glissement méthodologique.
---> On passe de la prudence de l'historien à une affirmation qui dépasse ce que les sources permettent d'établir.
---> C'est précisément le type de dérive contre lequel Paul VI mettait en garde : faire dépendre toute la vérité de la foi des seules méthodes historico-critiques ou archéologiques.
Cela ne signifie pas que ces méthodes d'analyses historiques soient mauvaises, mais qu'elles ont un domaine propre et ne peuvent, à elles seules, épuiser la question de la Tradition ou de la Révélation.