Lorsque sainte Élisabeth entend la salutation de Marie, elle est immédiatement « remplie du Saint-Esprit », puis elle proclame : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni », avant d’ajouter : « D’où m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » et de déclarer Marie bienheureuse à cause de sa foi ; aussitôt après, la Très Sainte Vierge annonce elle-même : « Toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1, 41-48).
L’ordre du texte est décisif : le Saint-Esprit remplit Élisabeth, et cette plénitude produit immédiatement la proclamation de la grandeur de Marie, de sa bénédiction et de sa maternité divine ; il est donc contraire au mouvement même de l’Écriture de présenter comme une marque supérieure de l’Esprit une spiritualité qui chercherait à réduire, relativiser ou tenir à distance l’honneur rendu à la Mère du Seigneur.
Le mot « bénie » signifie réellement qu’une bénédiction est proclamée sur Marie et que du bien doit être dit d’elle en raison de l’œuvre de Dieu accomplie en elle ; puisqu’elle est dite « bénie entre toutes les femmes », il convient donc, parmi toutes les créatures humaines, de proclamer d’elle un bien singulier et supérieur, tout en maintenant que toute sa grandeur vient de Dieu et retourne entièrement à sa gloire.
Le mot « bienheureuse » possède lui aussi une force beaucoup plus grande qu’un simple bonheur humain, puisque Notre-Seigneur dit : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3) ; être bienheureux signifie être placé dans une condition de faveur devant Dieu et participer aux biens de son Royaume, de sorte que la Très Sainte Vierge, que toutes les générations doivent proclamer bienheureuse, possède par grâce une place éminente dans ce Royaume comme Mère du Roi dont le règne n’aura pas de fin.
La Visitation doit encore être rapprochée de l’Arche d’Alliance, car David s’écrie : « Comment l’Arche du Seigneur viendrait-elle jusqu’à moi ? », tandis qu’Élisabeth, remplie du Saint-Esprit, demande : « D’où m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » ; l’Arche demeure trois mois dans une maison, tandis que Marie demeure environ trois mois auprès d’Élisabeth, et Jean-Baptiste tressaille d’allégresse en sa présence comme David avait exulté devant l’Arche.
La Très Sainte Vierge apparaît ainsi comme la nouvelle Arche de l’Alliance, non plus porteuse de signes sacrés, mais portant réellement en son sein le Verbe fait chair ; et l’Apocalypse manifeste ensuite l’Arche dans le sanctuaire céleste, immédiatement suivie de la Femme revêtue du soleil, couronnée de douze étoiles, qui enfante Celui qui doit gouverner toutes les nations.
La royauté de Marie découle de sa maternité divine, car Gabriel annonce que son Fils recevra le trône de David et régnera éternellement, tandis qu’Élisabeth, remplie du Saint-Esprit, l’appelle « la Mère de mon Seigneur » ; celle qui est Mère du Roi éternel reçoit donc de Dieu une dignité royale entièrement dépendante de celle de son Fils.
Cana confirme encore que l’intercession mariale ne détourne jamais du Christ : Marie voit le besoin, le présente à Jésus, puis dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » ; Jésus accomplit alors son premier signe, manifeste sa gloire et conduit ses disciples à croire en lui.
Au Calvaire enfin, Jésus ne retranche pas sa Mère de la vie du disciple, mais lui dit au contraire : « Voici ta mère » ; après l’Ascension, Marie se trouve encore au milieu des Apôtres en prière avant la Pentecôte.
Il est donc gravement erroné de présenter comme un signe supérieur de l’action du Saint-Esprit une sorte de jalousie qui pousserait à réduire la dévotion mariale afin de réserver au Christ une place supposée plus pure, car l’Écriture montre au contraire que l’Esprit Saint glorifie le Fils tout en faisant reconnaître la grandeur de sa Mère.
Là où l’Esprit Saint agit véritablement, Jésus-Christ est proclamé Seigneur, et sa Très Sainte Mère est proclamée bénie entre toutes les femmes, Mère du Seigneur et bienheureuse par toutes les générations.