"Il y a des âmes qui s'arrêtent à l'Église comme à une fin."
« Ne vous attachez jamais à l’instrument, à l’enveloppe. On s’attache à l’Église, on s’attache au prêtre, on s’attache à tout ce qui nous donne Dieu ; mais tout cela n’est qu’une écorce. Il faut arriver à la sève, il faut arriver à Dieu seul.
On se trompe quand on s’arrête à l’instrument ; on en fait un écran. Un guide, un maître, n’est jamais qu’une vitre ; si elle est bien propre, on ne la voit pas, on voit le jour à travers. Si elle est moins propre, elle arrête un peu la vue, elle fait écran. Allez toujours au-delà de la vitre, au-delà de l’écran, au-delà de l’instrument : allez à Dieu.
Dieu se sert de tout, mais Il est au-delà de tout. Il y a des âmes qui s'arrêtent à l'Église comme à une fin ; elles n'y voient qu'une société humaine, des lois, des rites. Elles ne dépassent pas la forme. Mais la forme n'est rien sans l'Esprit. Ne permettez à aucun homme, à aucune misère humaine, de se mettre entre votre âme et Notre-Seigneur. Si l'instrument est brisé, si le prêtre vous déçoit, si l'institution vous semble pesante, ne vous troublez pas : le Christ est là, intact, immuable. Il est la seule réalité. Tout le reste n'est que l'ombre qui passe. Ne cherchez dans l'Église que ce qu'elle contient de Lui. »
Abbé Henri Huvelin. Notes personnelles.
Danger de l'idolatrie de l'Eglise.
« L’Église n’est pas un objet que l’on regarde du dehors, c’est une présence que l’on vit du dedans. Le grand danger, c’est l’idolâtrie de l’institution.
On finit par substituer l’appareil à la vie, par adorer le sacrement au lieu de celui qu’il signifie, par servir l’administration au lieu du Seigneur. Mais l’Église n’a pas d’autre raison d’être que de s’effacer pour laisser passer le Christ. Dès qu’elle devient un écran, dès qu’elle attire l’attention sur elle-même, dès qu’elle se prend pour une fin, elle trahit sa mission.
Il ne faut pas s’arrêter à l’Église, il faut la traverser. Elle est comme une fenêtre : si vous regardez la fenêtre, vous ne voyez pas la lumière. Il faut regarder à travers elle pour atteindre le Soleil. Ne vous laissez jamais arrêter par les limites des hommes d’Église ; allez directement au Christ qui est au-dedans de vous. La véritable Église est celle qui vous rend à votre propre profondeur, là où Dieu vous attend dans le secret. » Maurice Zundel. Retraites.
La quête insatiable du Seigneur.
« Il faut savoir que les âmes, au lieu de s’aider des moyens pour aller à Dieu, s’en font souvent un obstacle... Car Dieu est au-delà de tous les moyens, et c’est pour cela qu’il ne faut s’attacher à aucun.
Malheur à ceux qui s'arrêtent aux moyens et qui les prennent pour la fin ! Ils ressemblent à des voyageurs qui, au lieu de courir vers leur patrie, s’arrêteraient à considérer la beauté du chemin ou de l’hôtellerie.
Que l’âme comprenne bien ceci : pour arriver à l’union avec Dieu, elle doit se dépouiller de toute affection pour les choses créées, et même pour les choses spirituelles qui lui servent de moyens. Elle doit passer outre. Car tout ce que l’entendement peut comprendre, tout ce que la volonté peut goûter, et tout ce que l’imagination peut se figurer, n’est pas Dieu. Il est au-delà. Le chrétien ne doit chercher que Son Visage ; il doit se servir de tout pour y arriver, mais ne se laisser emprisonner par rien. Car l’Esprit de Dieu est liberté, et il ne s'unit qu'à l'âme qui est libre de tout ce qui n'est pas Lui. »
Saint Jean de la Croix.