Témoignage d'un ex traditionaliste changé par le sacrement de réconciliation
« Pendant des années, j’ai milité dans les rangs d’un traditionalisme rigoureux, persuadé d'être le gardien de la vraie foi face aux « dérives » du monde moderne. Pour moi, la vie chrétienne était une espèce de citadelle assiégée qu'il fallait défendre à coups de principes immuables, de rituels millimétrés et d'une discipline de fer. J'étais devenu le pharisien parfait : observateur scrupuleux de la loi et des rites, aimant avec mes semblables mais au cœur sec avec ceux du dehors. Et nulle part ailleurs ce rigorisme ne s'exprimait mieux que dans ma vision du confessionnal.
Lors d'un pèlerinage individuel, je souhaitais me confesser. Il n'y avait pas de prêtres traditionalistes, il fallait donc que je m'adresse à un prêtre ordinaire, de ceux que je considérais comme de misérables modernistes. Mais le besoin de me confesser me pressait ce jour-là de manière étrange. Je me décidais donc. J'avançais vers la petite pièce pour faire la queue, lourd de mes fautes, mais plus encore de mon idéologie. J'étais secrètement agacé de voir du monde attendre pour se confesser ; j'aimais dire que les « conciliaires » ne se confessaient pas et vivaient dans le péché. J'avais passé dans ma tête ma liste de péchés avec une précision comptable, presque maniaque, comme à mon habitude. Dans mon esprit imprégné d’une théologie de la peur et de légalisme moral, Dieu était le Juge suprême, pinailleur et courroucé, dont il fallait apaiser la colère. Bien sûr, on me disait qu'il était un Dieu d'amour, mais une fois que l'on était en règle surtout. Je venais principalement chercher un acquittement juridique et une libération de la honte mais aussi de la peur de ne pas être aimé par le Christ quand je n'étais pas strictement en état de grâce. J'étais prisonnier d'un conformisme religieux destructeur où l'aveu de mes faiblesses était d'abord une humiliation nécessaire pour « payer ma dette » et retrouver une pureté légale. Je voyais la vie chrétienne comme un parcours visant à eviter le précipice de l'enfer et une perfection technique de la sainteté.
Pourtant, alors que j'attendais mon tour, un inhabituel malaise a commencé à m'envahir. À force de scruter mes manquements pour les catégoriser, je me suis rendu compte de la profonde solitude dans laquelle mon système me confinait. Ce légalisme rigide ne me rendait pas meilleur, c'était évident pour moi; il me rendait dur, arrogant envers les autres, et désespéré face à mes propres rechutes. De plus, une rancœur secrète contre Dieu montait en ma conscience alors que je voulais tellement l'aimer. Mais pour la première fois, en regardant mon âme, je n'ai pas vu un dossier juridique à solder, j'ai vu un homme blessé, malade, obsédé par lui-même. Je me sentais fatigué de cette religion de la performance spirituelle.
En m'avançant vers le prêtre à la contenance humble et bienveillante, les défenses idéologiques que j'avais érigées ont commencé à se fissurer malgré moi. Je commencais à comprendre que mon obsession de la règle n'était qu'un bouclier pour éviter de me laisser vraiment aimer par Dieu tel que je suis, dans ma pauvreté.
Quand j'ai commencé à parler, la carapace a volé brusquement en éclats. Je n'ai pas récité la liste froide que j'avais préparée comme à mon habitude, mais j'ai crié en sanglotant ma détresse au prêtre. Et là, un véritable miracle a eu lieu. À travers ses paroles douces et miséricordieuses, ce ne sont pas seulement mes péchés qui se sont envolés, mais toutes mes certitudes de traditionaliste convaincu se sont brutalement effondrées. L'absolution n'a pas été un verdict de tribunal qui efface une ardoise et qui fait enfin de moi un homme content de lui-même, mais un véritable baume versé sur un cœur de pierre. J'ai été saisi par une certitude fulgurante : le Christ est le Médecin des âmes et non le juge d'un tribunal qu'il faut apaiser, il voulait guérir le malade qui souffrait en moi. Le mal que le péché avait provoqué a été balayé par un sentiment de grande douceur. Je me sentais restauré, unifié, guéri, comme jamais. En plus de cela, en sortant de la confession, j'ai eu l'impression de m'être libéré du carcan traditionaliste qui m'oppressait sans que je m'en rende compte. En marchant vers la sortie, une prise de conscience m'a foudroyé. Ce que je venais d'expérimenter de manière si charnelle, si j'ose dire, et libératrice, ce passage du Dieu comptable au Dieu d'amour, du rituel de mise en règle au sacrement de guérison, c'était exactement ce que le concile Vatican II, que je détestais tant, avait voulu redonner à l'Église en remettant à l'honneur le nom de « sacrement de Réconciliation ». Moi qui avais combattu de toutes mes forces ce concile, le considérant comme une trahison de la foi, je venais d'en vivre une des vérités les plus évidentes. J'ai compris que l'Église n'avait pas bradé le sacrement, elle l'avait libéré du carcan légaliste pour le rendre à l'Évangile.
Je suis sorti de là guéri de mes péchés et un processus de guérison de mon traditionalisme mortifère a commencé à s'enclencher. Depuis cette expérience, je me suis progressivement réconcilié avec l'Église, avec moi-même et même avec Dieu, car j'en avais une idée déformée. Ma relation avec le Christ et avec mon prochain a profondément changé. Cette paix nouvelle a porté des fruits merveilleux dans ma propre famille. Je me croyais être un véritable catholique, aujourd'hui je crois que je suis devenu un véritable chrétien, grâce à Dieu. "
Olivier M.