Silvānus Pūblius

Le journal "La Croix" aurait-il dit que « les nouvelles prières eucharistiques catholiques ont abandonné la fausse perspective d’un sacrifice offert à Dieu ». (La Croix, 10/12/69)

Cette citation vient de "Le journal La Croix", 89e année, n° 26 432 [n° difficilement lisible], du mer. 10 déc. 1969, p. [20].
Chacun se fera une opinion à sa lecture. Jean Guitton dit exactement le contraire de ce qui est sous-entendu. Il corrige l'analyse inexacte d'une grande revue protestante et rend compte du caractère sacrificiel de la messe, qui en est sa substance.

Voici le texte exact :

"Le mystère de la messe
Par Jean Guitton, de l'Académie française.
Les lecteurs de la Croix savent que je me plais à peser les mots de notre belle langue française pour m'aider à penser les choses que les mots désignent. Ce jour, ma victime sera le mot : représenter. Il comparaît au tribunal à propos de la définition sacrifice de la messe qui est à l'ordre du jour.
Représentation, c'est spectacle. Pour un moderne, invinciblement, le mot de représentation suggère d'abord le théâtre, les acteurs, les jeux de la scène. Mais Cyrano ne meurt ressuscite à chaque représentation. Le propre acteur est d'être si peu affecté ce qu'il joue qu'il peut souffrir sans souffrir, mourir mourir, sauf par les signes, Un jour, je demandais à Pierre Fresnay comment, nous ayant restitué Monsieur Vincent d'une manière simple et sublime, il n'était pas devenu un saint. Et il riait beaucoup de la question qui montrait mon ignorance de Diderot et de l'art théâtral où il ne s'agit pas d'être ému ou de changer son intérieur, mais d'imiter, de "représenter".
Depuis ce jour, connaissant la si facile comédie humaine et notre pouvoir sur les signes du corps et comment nous pouvons avoir l'air dévot, aimant, éploré sans être vraiment affecté, je me défie des autres et aussi de moi. Dieu seul voit le cœur, ce seul sanctuaire sans signes.
Mais j'en reviens au mot "représenter". Dans la langue et chez les
Pères de l'Église, représenter avait un sens beaucoup plus prégnant. Représenter rendre réellement présent. Et, de ce point de vue, une re-pre-sent-ation s'opposait à ce qui est imitation théâtrale, image, symbole. Et lorsque l'Église de jadis disait que la messe représente le sacrifice de la croix, cela voulait dire que d'une certes très mystérieuse ce sacrifice, elle rend ce sacrifice derechef présent. Mais comment exprimer un si grand acte, le mystère de la foi, il est grand et comme il outrepasse nos définitions!
À tout le moins, il convient que les expressions dont nous nous servons dans nos langues modernes, et dévaluées par l'usage et par la modernité, pas ce qu'elles traduisent. Il est clair des mots usuels ne vont pas jusqu'au fond du mystère. Et cela tient à l'impuissance des mots, mais aussi à la pudeur âmes et peut-être reste de cette "discipline de l'arcane" qui conseillait de ne pas dire tout ce qu'un sacrement signifiait réellement pour ne pas heurter ceux du dehors, pour ne pas jeter nos perles. Nous parlons de mémorial, d'annonce, de proclamation, célébration. Or, dans nos esprits habitués à l'art oratoire, politique ou théâtral, ces mots excluent la présence, la réitération substantielle.
Si j'ouvre les théologiens inspirés, les deux colonnes primordiales, saint Paul et saint Jean, je suis toujours surpris de voir comme leur manière de présenter l'Eucharistie est surréelle. Jean parle de manger une vraie nourriture d'Esprit. Paul insinue que les indignes sont comme électrocutés, frappés de mort par l'aliment d'immortalité. J'ouvre au hasard la catéchèse du cardinal Mercier. J'y lis : "Le Christ devient réellement présent avec son âme et son corps, homme et Dieu, sous les espèces sensibles du pain et du vin. Il y renouvelle sanglante le sacrifice consommé une fois avec effusion de sang." Je remarque le mot renouveler, plus précis que représenter. Une représentation dramatique de la Passion sur le parvis de Notre-Dame ne la renouvelle pas.
Ce qui me pousse écrire ces réflexions, c'est que j'ai lu, dans une des revues les plus grandes protestantes de langue allemande, ces lignes: "Les nouvelles prières eucharistiques catholiques ont laissé tomber la fausse perspective d'un sacrifice offert à Dieu." Des appréciations de ce genre ne sont pas conformes à la vérité.
Dans la nouvelle liturgie, s'il y a changement de formules, c'est pour faire saillir davantage, pour communiquer davantage, pour faire aimer davantage la substance éternelle de la messe. Je suis sûr que la modification de la loi de la prière excitera la pensée sur la foi et permettra, après certains remous, de l'approfondir.
Pour parler en philosophe, le difficile est d'expliquer avec des mots humains comment le sacrifice de Jésus fait une fois pour toutes se renouvelle réellement, mystiquement à chaque messe. J'avais jadis proposé d'utiliser deux mots parents de consonance, de dire que l'ablation de sang ne s'était faite qu'à une seule heure, une fois pour toutes, mais que l'oblation pouvait se renouveler par une sorte de miracle transhistorique, ontologique. C'est une oblation éternelle comme le dit avec tant de fermeté et de magnificence l'admirable Épitre aux Hébreux.
19979
Aube de la Force

La page de Jean Guitton est superbe ,elle nous montre que la langue française a de profondes "sources"spirituelles et des ressources d'exception pour diminuer les malentendus autour de ce qui relève des mystères sacrés .
Le miracle reste entier ,celui de l'amour d"un DIEU qui renouvelle Son Sacrifice sur l'autel jusqu'à la fin des temps."Nous voulons DIEU. "

Silvānus Pūblius

@Lux Æterna Appréciation personnelle de Mgr Strickland. Une autre appréciation : Un prêtre belge témoigne : j'étais traditionaliste

Lux Æterna

Je vous fait des citations objectives de princes de l'Eglise ( église enseignante) et vous me répondez avec le témoignage subjectif d'un prêtre( église enseignée) obscure sur son cheminement personnel.

Silvānus Pūblius

@Lux Aeterna Il n'y a pas plus d'objectivité que de subjectivité ça est là. Les avis sont divers. Je peux fournir si vous voulez d'autres avis d'évêques.

Lux Æterna

Mgr Strickland sur son blogue “Bishop Strickland’s Substack”"
"Le Novus ordo a diminué le sacrifice du Christ et l’attention à la présence réelle"

"Il ne fait aucun doute qu’avec la nouvelle messe, l’attention portée à Jésus-Christ a diminué. (…) Nous avons été témoins d’une négligence radicale de la présence réelle de Jésus-Christ, qui s’élève au niveau du blasphème dans de nombreux cas depuis Vatican II "
" Lorsque la liturgie a déplacé son attention vers le peuple et s’est éloignée de Jésus-Christ, elle a ouvert la porte à une négligence extrême de sa présence sacrée. »
"Il est un fait que la nouvelle messe a représenté une rupture dans des siècles de continuité liturgique. Cette rupture a entraîné un déclin massif de la fréquentation de la messe, des vocations et de la croyance dans les enseignements catholiques fondamentaux."

Lux Æterna

Le cardinal Raymond Burke a déclaré que la Sainte Messe avait été « radicalement réduite » après Vatican II avec le « retrait » de « beaux éléments » de la messe latine traditionnelle et a salué la « transcendance » de l'ancien rite dans une interview avec l'animateur d'EWTN Raymond Arroyo.

2 autres commentaires de Lux Æterna
Lux Æterna

Mgr Schneider retrouve les critiques émises, dès 1969, par les cardinaux Alfredo Ottaviani et Antonio Bacci dans leur Bref examen : « le nouvel Ordo de Paul VI affaiblit sans aucun doute la clarté doctrinale quant au caractère sacrificiel de la messe et affaiblit considérablement la sacralité et le mystère du culte lui-même ».

Lux Æterna

cardinal Ratzinger : « Je suis convaincu que la crise de l'Église que nous vivons aujourd'hui repose largement sur la désintégration de la liturgie ». (Ma Vie, Fayard, 1998.)

"Ce qui me pousse écrire ces réflexions, c'est que j'ai lu, dans une revues plus grandes protestantes de langue allemande"
Il y a plusieurs fautes dans ce début de phrase...

Silvānus Pūblius

@Walter Marie Louis Covens Merci. Fautes de retranscription corrigées. Vous pouvez voir le texte original en photo.

Lux Æterna

Le novus ordo a affaibli considérablement la notion de sacrifice, dans le sens de l'actualisation du sacrifice du Christ bien que non sanglant. Le novus ordo a mis en avant de manière exagérée le caractère de "repas" de la messe. Le novus ordo ne professe pas suffisamment la doctrine catholique, cette indigence est une des sources de la crise de la foi et de l'apostasie pour certains. En revanche dire que le caractère sacrificiel a été supprimé est tout simplement faux. La vérité n'est ni du côté de ceux qui considèrent que la messe paul est hérétique, ni de ceux qui considèrent qu'elle ne pose aucun problème. Rappelons pour confirmer cela que Benoit16 a clairement appelé a mettre sur l'autel ( la table ?) Un crucifix en evidence pour rappeler le caractère sacrificiel, ce qui veut dire clairement que le rit n'est pas assez explicite. Deuxièmement il a appelé a une réforme de la réforme (qu'il n'a malheureusement pas imposé par son autorité légitime en la matière), jugeant qu'en l'état l'expression du novus ordo exprimait insuffisamment la doctrine catholique et le caractère sacré de la liturgie. Mais comme il n'a pas fait preuve d'autorité, les évêques et les prêtres n'ont pas suivi.
Nous ne pouvons pas nier raisonnablement qu"il n' y ait pas eu une recherche d' œcuménisme dans le nouveau rit , avec les protestants. Cependant pas jusqu'à transformer substantiellement la nouvelle messe en culte protestant stérile et hérétique.

blanche52

ils ont fait du "en même temps" avant l'heure et ça, on sait de QUI ça vient....

Silvānus Pūblius

@Lux Æterna La messe est indissociablement un sacrifice et un repas (le banquet des noces éternelles). Il y a une double nature de la messe. Cela viendrait de qui? Désolé, je ne vois pas.

vobiscum

Le Livre du Ciel donné par Jésus sert à cela! free.fr/Luisa.htm