Université et unité de vie
jamacor 11/12/2011 19:28:31
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Éditorial
Université et unité de vie selon le Bienheureux Josémaria Escriva
Alejandro Llano
Faculté de Philosophie
Université de Navarre
L’Université est en train de changer
Quand on pense au sort et à la destinée de l’institution universitaire, il n’est pas étonnant de se souvenir du nom d’Etienne Gilson qui a étudié avec tant de profondeur la pensée philosophique et théologique dans laquelle les Universités européennes ont trouvé leur source. Paraphrasant ce que le grand médiéviste écrivit sur le destin de la philosophie, nous pourrions dire que l’Université enterre ses fossoyeurs et renaît de ses cendres tel le phœnix. Le discours sur la « crise de l’université » a été pendant des décennies un des lieux communs de la discussion sur la situation de l’éducation et de la culture au XXème siècle. Il n’a certes pas manqué de propositions concrètes pour remplacer l’unité de l’université par la dispersion d’une sorte de « multidiversité », ou encore les bâtiments et la pelouse du campus par l’espace électronique de réseaux d’ordinateurs et de banques de données. Plus personne ne croit à ces utopies technocratiques. Une fois de plus, l’université est devenue un instrument socialement incontournable. Mais cette victoire apparente n’offre aucun sérieux motif d’optimisme. C’est plutôt le contraire.
Heidegger avait l’habitude de citer la phrase suivante d’Hölderlin : « là où surgit le danger, surgit aussi le salut ». Or quand le danger n’est pas évident, quand quelqu’un se sent en sécurité, on ne voit pas la nécessité de se sauver ; sans danger le salut perd sa raison d’être.
C’est peut-être ce qui est en train de se produire dans beaucoup d’universités. Il est significatif que les récents diagnostics d’Alan Bloom et Alasdair Macintyre, où ils dénoncent les illusions qui subsistent de l’éducation éclairée et libérale, aient à peine trouvé un écho dans les milieux académiques si souvent dominés par l’activisme et la banalité.
Comme l’a dit Robert Spaemann, l’utopie a vécu. Mais que nous reste-t-il quand ce qui nous était proposé de manière présomptueuse comme alternative à la religion se révèle illusoire ? Soit l’homme retourne aux origines, vers le Dieu vivant, soit il se dirige vers une anti-utopie radicale, refusant toute dimension transcendante à la pensée humaine. Richard Rorty écrivain relativiste parmi d’autres, a décrit cette anti-utopie : c’est le rêve d’une société libérale où ont disparu les exigences absolues de la connaissance de la religion et de l’éthique ; seuls sont considérés comme authentiques le plaisir et la douleur évalués à l’aune de ce que Amartya Sen a appelé « mesure mentale ». Nous ne devons rien prendre au sérieux ; ce que nous voulons c’est nous sentir bien, c’est tout. La place du nihilisme héroïque de Nietzsche est occupée par un nihilisme banal qui, comme le dit encore Spaemann, se qualifie lui-même de « libéral » et ses adversaires sont des « fondamentalistes ». Pour ce nihilisme « light », la liberté signifie pouvoir choisir à l’infini. Mais il ne laisse place à aucune option pour laquelle il vaille la peine de renoncer à toutes les autres. Il n’y a plus de place pour le trésor caché dans le champ, pour lequel celui qui le trouve est prêt à tout vendre.
Le relativisme sceptique de la culture apparemment dominante n’implique pas seulement la mort spirituelle de l’âme mais aussi celle de toute culture vitale sans laquelle l’Université même finit par répondre à la description funèbre que faisait d’elle Ortega y Gasset : « chose triste, inerte, opaque, quasi morte. » L’Université qui depuis huit siècles a su répondre aux défis venant de l’extérieur, se révèle maintenant inerte devant la menace qu’elle a engendrée et qui la vide de son propre contenu. Nous sommes devant le phénomène appelé par les sociologues actuels « l’implosion », c’est-à-dire une explosion sèche, vers l’intérieur, produite par un vide interne. Il ne s’agit pas ici d’un problème fonctionnel mais d’un croisement institutionnel. L’Université pèche par trop d’organisation ; ce qui lui manque, c’est la vie. Ce dont elle a besoin c’est, selon les mots de Karl Jaspers, de « cette force spirituelle profonde sans laquelle toutes les réformes de l’Universités sont inutiles ».
Le Bienheureux Josémaria Escriva : une nouvelle radicalité pour l’Université
L’histoire vue sous l’angle intellectuel nous rappelle que dans de telles circonstances obscures, il y a souvent eu des personnalités profondes et lucides qui ont su indiquer avec pertinence et certitude la direction vers laquelle il fallait continuer de marcher. C’est le cas à notre époque du Bienheureux Josémaria qui a fondé plusieurs Universités et à inspiré et encouragé beaucoup d’autres initiatives dans ce domaine dans le monde entier. Josémaria Escriva ne fut pas seulement un homme à la pensée originale et un grand universitaire, mais aussi un prêtre saint, un homme de Dieu. Ce qui nous paraît très intéressant pour notre propos c’est qu’il ne séparait ni n’opposait la dimension spirituelle et la dimension intellectuelle. Il vécut de façon tout à fait héroïque ce qu’il ne cessait de proclamer : l’unité de vie, pleine de délicatesse et de cohérence, celle que réclament les différents paramètres anthropologiques qui acquièrent un relief insoupçonné si on les réfère à Dieu Notre Père. Telle est la source de ce courage de l’intelligence qui caractérise toutes ses propositions en faveur d’une conception universitaire radicale, incitant à rechercher la vérité bien au-delà des frontières des connaissances déjà acquises.
Sa vision transcendante des réalités terrestres lui fit entrevoir immédiatement que l’énergie spirituelle qu’exige aujourd’hui l’université ne peut se réduire à un vague humanisme éthéré et syncrétique. C’est ce qu’il affirmait au cours d’un discours académique prononcé le 9 mai 1974 : « L’Université sait que l’objectivité nécessaire à la science rejette à juste titre toute neutralité idéologique, toute ambiguïté, tout conformisme, toute pusillanimité : l’amour de la vérité engage la vie et tout le travail du scientifique et conforte son sens de l’honnêteté devant d’éventuelles situations difficiles puisque cette droiture n’a pas toujours une image favorable dans l’opinion publique ». La soi-disant neutralité est le fruit d’une fiction impossible parce qu’elle débouche en fin de compte sur l’intolérance et le sectarisme. De son côté « la pensée faible », substitut postmoderne de l’objectivité que nous évoquions, représente l’expression culturelle d’une permissivité qui finalement aboutit à la domination des forts sur les faibles. Le Bienheureux Josémaria ajoutait à cette occasion : « Ceux qui sauveront notre monde, permettez-moi de vous le rappeler, ce ne seront pas ceux qui prétendent anesthésier la vie de l’esprit en réduisant tout à un problème économique ou de bien-être matériel, mais ceux qui ont foi en Dieu et à la destinée éternelle de l’homme et qui savent recevoir la vérité du Christ comme lumière pour guider leurs actions et leur conduite. Parce que le Dieu de notre foi n’est pas un être lointain qui contemple avec indifférence la destinée humaine. C’est un Père qui aime éperdument ses enfants. Un Dieu créateur qui déborde de tendresse pour ses créatures et qui accorde à l’homme le grand privilège de pouvoir aimer, transcendant ainsi l’éphémère et le transitoire ».
Le paradigme de l’unité de vie
Les paroles du Bienheureux Josémaria Escriva touchent la racine-même de ce qui confère unité et universalité à cette communauté de recherche et d’apprentissage que sont toujours l’Universitas Studiorum, l’Universitas Magistrorum et Alumnorum. Pour beaucoup d’universitaires, la rencontre avec le fondateur de l’Opus Dei a provoqué à la fois l’abandon de la facilité et de l’embourgeoisement, l’engagement en faveur d’une recherche de la vérité, l’amour de la liberté et la défense de la justice qui s’épanouirent dans une vocation universitaire vécue avec passion. Ce fut un homme saint et d’une riche culture qui les aida à comprendre que la mission essentielle de l’Université est la libre manifestation des fils de Dieu. La filiation divine est le mystère qui nous libère de la vanité et de la dispersion : l’amour paternel de Dieu offre l’unique vraie possibilité aux êtres humains de s’aimer les uns les autres en suscitant ainsi une culture renouvelée. « Le lien de l’Evangile avec l’homme, disait Jean Paul II à l’Université Complutense de Madrid, est fondamentalement créateur de culture, puisqu’il apprend à aimer l’homme dans son humanité et sa dignité exceptionnelle. […] La synthèse entre culture et foi n’est pas seulement une exigence de la culture mais aussi une exigence de la foi. […] Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n’est pas pleinement accueillie, ni totalement pensée, ni fidèlement vécue ».
La foi devient culture car elle enseigne à aimer l’homme dans son humanité concrète, dans cette unité de vie faite de matière et d’esprit, d’intimité et de transcendance, de singularité unique et d’ouverture à l’universel. Le fait que l’Université soit une institution d’origine chrétienne n’est pas un événement historique accidentel. La notion même d’Université est une réalité qui dépérit et périclite quand on oublie ses racines chrétiennes.
Déjà pendant le premier tiers de ce siècle, Max Weber nous a proposé la chronique prévisible de cette unité perdue. La foi dans l’unique vrai Dieu révélé ayant disparu, il reste un « polythéisme de valeurs », un Olympe néo-païen dont sont issues des sollicitations contradictoires. L’homme contemporain se trouve écartelé par la multiplicité de fidélités incompatibles entre elles qui, dans leur cacophonie, n’aboutissent qu’à exclure la fidélité indivisible à l’unicum necessarium. Chacun de nous peut expérimenter dans sa propre chair ces « expériences de discontinuité » qui les oblige à changer de déguisement plusieurs fois par jour. La personne retrouve la signification étymologique de son nom, le masque : ainsi plusieurs personnes cohabitent dans chaque sujet, sans qu’il soit facile de s’identifier entièrement à une seule d’entre elles. Qui sommes-nous donc : membres d’une famille, professionnels, citoyens, croyants, ou simplement des clowns ? Tout cela et rien de cela. Max Weber l’annonçait : le désenchantement du monde par la science, la modernisation sauvage, devrait conduire à l’avènement d’un type d’hommes qui seraient des « spécialistes sans esprit, jouisseurs sans cœur ». Ils sont déjà partout. De-même, la généralisation de cette « perte de sens » qui, selon le sociologue allemand, serait le prix à payer pour la substitution généralisée des convictions aux conventions.
Nous nous trouvons face à une nouvelle complexité qui ne consiste pas seulement dans la hausse des difficultés inhérentes à toute vie humaine. Ce que disait T.S. Eliot est toujours vrai : « Le genre humain ne peut pas supporter trop de réalité ».Or il se trouve que la nouvelle complexité ne provient pas d’une réalité excessive mais d’un vide existentiel. La prolifération de l’anomie et de ses effets pervers, qui provoque en nous un état de perplexité, est due à la séparation entre les structures politiques et économiques d’une part, et à la vie réelle, concrète des individus d’autre part. Ce que les sociologues appellent « technostructure » ou « techno-système » (l’enchevêtrement du marché, de l’Etat et des moyens de communication) donnent l’impression d’irréel, au sens où l’entendait Newman : l’homme de la rue n’arrive plus à se reconnaître dans ces configurations puissantes et fantomatiques.
L’université actuelle ne peut se réfugier dans une simplicité toute bucolique qui n’a peut-être jamais existé et qui est totalement impossible à l’heure actuelle. Si elle veut être fidèle à elle-même, l’Université est aujourd’hui sommée de comprendre cette nouvelle complexité, de la gérer, et de faire en sorte qu’elle soit non pas « perverse » mais humaine.
Redécouverte de la vie quotidienne
Il faut redécouvrir une source de sens oubliée, préalable à toutes nos constructions et interprétations. La source première de sens se trouve dans la vie quotidienne, cet espace de l’activité ordinaire où le Bienheureux Josémaria plaçait le lieu habituel de la sanctification du chrétien qui travaille au milieu du monde. Selon la terminologie phénoménologique, nous pourrions l’appeler « le monde de la vie ». L’origine véritable du sens, submergée par les couches successives d’une complexité chaotique, n’est autre que l’unité de la vie humaine : celle de chaque personne dans son humanité concrète, dont la nature sociale exige une intégration dans des communautés à échelle humaine, parmi lesquelles figurent en premier lieu la famille et l’école.
La solution que l’Université peut apporter à une société désorientée ne consiste pas tout d’abord à recourir à cette notion abstraite de « changement de structures ». La vraie solution se trouve « en pleine rue », dans la réalité immédiate de la vie des hommes, dans leurs manières de vivre et de travailler, et plus radicalement encore dans la référence unique de tous les événements humains au Dieu vivant toujours proche de nous. Dans une homélie prononcée en plein air sur le campus de l’Université de Navarre, Josémaria Escriva rappelait aux étudiants, professeurs et employés : « non, il ne peut y avoir de double vie, nous ne pouvons être pareils aux schizophrènes si nous voulons être chrétiens ; il n’y a qu’une seule vie, faite de chair et d’esprit et c’est cette vie-là qui doit être - corps et âme - sainte et pleine de Dieu : ce Dieu invisible, nous le découvrons dans les choses les plus visibles et les plus matérielles. Il n’y a pas d’autre chemin, mes enfants : ou nous savons trouver le Seigneur dans notre vie ordinaire, ou nous ne le trouverons jamais. Voilà pourquoi je puis vous dire que notre époque a besoin qu’on restitue, à la matière et aux situations qui semblent les plus banales, leur sens noble et originel, qu’on les mette au service du Royaume de Dieu, qu’on les spiritualise, en en faisant le moyen et l’occasion de notre rencontre continuelle avec Jésus-Christ ».
La philosophie de la création et la théologie de la Grâce s’unissent sans se confondre pour donner à la notion d’Université une extraordinaire énergie transformatrice au début de ce nouveau millénaire. La dispersion et la banalité se surmontent quand nous nous rappelons que l’Esprit Saint est, comme le disait Thomas d’Aquin, « le Don premier ». Plus intime à moi-même que moi-même, la lumière de la Sagesse incréée illumine toutes les réalités créées, nous incitant à progresser dans la révélation de l’être des choses. Parce que comme le disait le Bienheureux Josémaria Escriva, « il y a quelque chose de saint, de divin, caché dans les réalités les plus ordinaires et c’est à chacun de vous de le découvrir ».
L’Université devient alors une aventure passionnante pour l’esprit si on la considère comme une communauté vitale dans laquelle professeurs et élèves s’associent librement pour s’efforcer de « capter les lueurs divines que réverbèrent les réalités les plus banales ». C’est ainsi qu’il est possible à l’institution universitaire de réaliser une synthèse des savoirs et une harmonisation des styles de vie.
Sanctification du travail universitaire
« Là où se trouve le danger, se trouve aussi le salut »
Le travail humain, qui a été au centre des utopies collectivistes et qui est maintenant la cause des anti-utopies individualistes, s’ennoblit quand il se transforme en moyen d’améliorer l’œuvre de la Création, pour servir tous les hommes, spécialement les plus démunis et pour chercher son propre perfectionnement, la sainteté personnelle au milieu du monde. Il s’agit d’une perspective à la fois transcendante et immanente qui met fin, de l’intérieur et par élévation, aux traditionnels circuits fermés de cette dialectique négative qui mène les idéologies modernes à une impasse. C’est un programme radicalement « antidialectique », non pas par le biais d’une contre proposition supplémentaire, qui ne résoudrait rien, mais par un approfondissement du mystère de l’être et une conciliation analogique des différentes dimensions de la réalité. C’est ainsi que peut se dessiner une nouvelle culture de vie qui s’oppose radicalement à l’ancienne culture de mort pour reprendre les expressions très fortes de Jean Paul II.
La scission sans réconciliation possible est semence de mort. L’unité harmonieuse du multiple est racine de vie. Et l’essence de l’Université réside dans la conviction que cette unité organique est possible, qu’il existe une articulation nécessaire entre vérité et unité accessible à la plus haute capacité humaine, de manière théorique ou par la contemplation sereine de la réalité. Par contre, l’opposition entre esprit et matière, entre vérité et efficacité, entre éducation humaniste et formation professionnelle, est la blessure toujours ouverte par où saigne l’idéal universitaire.
Seul l’amour unit sans confondre, maintient à la fois l’altérité et l’identité, et parvient à l’unité de la pluralité. C’est pourquoi nous constatons l’échec des programmes académiques des Lumières : car ils prétendent articuler les savoirs dans le but d’atteindre une objectivité déshumanisée, prétendument neutre qui laisse de côté l’amour de la vérité.
L’opposition entre amour et connaissance, comme s’ils représentaient respectivement l’irrationnel et le rationnel, est une perversion dialectique qui finit par réduire l’amour au désir physique et la connaissance à cette curiosité grossière qui se déguise sous les apparences de l’optimisme désespérant de l’érudition sans but. Alors qu’en toute rigueur, l’amour est la source de tout savoir et l’énergie intime qui nourrit une communauté de recherche et d’enseignement.
Formation de la personnalité des jeunes
On ne peut parler réellement d’Université là où la recherche et la transmission des connaissances n’est pas fondée sur un amour passionné pour le monde et pour nos frères les hommes, sur les visages desquels brille la splendeur de l’amour subsistant. Comme le fait remarquer le Bienheureux Josémaria Escriva : « il n’y a pas d’Université au sens propre du mot dans les instituts où la transmission des savoirs n’est pas une formation intégrale des jeunes. L’humanisme hellénique avait compris ces nuances pleines de richesse. Mais quand à la plénitude des temps, le Christ illumina pour toujours les mystères lointains de notre destinée éternelle, un ordre à la fois humain et divin fut instauré, au service duquel l’Université trouve sa plus grande noblesse ».
Le fondement sérieux de cette formation intégrale est une préparation intellectuelle solide et ouverte évoquée dans un texte écrit il y a des années par le Fondateur de l’Université de Navarre :
« Pour toi qui désires acquérir une mentalité catholique, universelle, en voici quelques caractéristiques :
- la largeur de vues et l’approfondissement énergique de ce qui est sans cesse vivant dans l’orthodoxie catholique ;
- le souci droit et sain (qui n’est jamais frivolité) de renouveler les doctrines caractéristiques de la pensée traditionnelle, en matière de philosophie et d’interprétation de l’histoire… ;
- une attention vigilante aux orientations de la science et de la pensée contemporaine ;
- et une attitude positive et ouverte face à la transformation actuelle des structures sociales et des formes de vie ».
Par conséquent, l’Université ne doit pas limiter l’horizon de ses préoccupations à un environnement exclusivement académique. Si elle perd le contact avec la vie, la science s’enferme en elle-même, devient narcissique et finit par s’épuiser. Le Bienheureux Josémaria ouvre des perspectives insoupçonnées pour beaucoup quand il livre sa conception des études supérieures : « L’Université, affirme-t-il avec énergie, ne tourne le dos à aucune certitude, à aucune inquiétude, à aucune nécessité humaine. Elle n’a pas pour mission de fournir des solutions immédiates. Mais en étudiant les problèmes avec rigueur scientifique, elle touche aussi les cœurs, réveille la passivité, stimule les talents enfouis, et forme des citoyens désireux de construire une société plus juste. Elle contribue ainsi par son travail universel à faire disparaître les barrières qui freinent la compréhension mutuelle entre les hommes, à apaiser leur crainte devant un futur incertain, à promouvoir - avec l’amour de la vérité, de la justice et de la liberté - la paix véritable et la concorde entre les esprits et les nations ».
Premier rôle de l’Université dans l’Histoire
Les grands bouleversements sociaux et culturels que nous vivons actuellement en cette fin du 20ème siècle confèrent à ces principes de l’esprit universitaire une étonnante actualité. Comme à d’autres moments cruciaux de son histoire déjà longue, l’Université doit redécouvrir de nos jours le rôle décisif qui est le sien dans l’orientation de changements si profonds. La mémoire historique en effet nous dit que se laisser conduire par le courant des événements extérieurs équivaut toujours à la décadence de l’Université ; elle ne peut s’épanouir qu’en réussissant à être « à l’origine même des changements légitimes » pour reprendre une expression du Bienheureux Josémaria Escriva.
Il faut comprendre la mutation actuelle comme le passage de la société industrielle à la société du savoir. La faillite de l’interprétation matérialiste de l’histoire ne s’est pas seulement révélée lors des évènements de l’Europe de l’Est ; « la révolution silencieuse » commençait déjà à se manifester, qui est en train de transformer notre manière de penser et de travailler. Nous savons aujourd’hui que la véritable richesse des peuples ne consiste pas d’abord dans la capacité de produire et d’élaborer des matières premières. Notre principale ressource se trouve maintenant dans la capacité à fournir de nouvelles connaissances, ainsi que la réactivité et la souplesse pour traiter et transmettre l’information.
Il est clair que dans une situation de ce genre les demandes faites à l’Université seront aussi pressantes que difficiles à satisfaire. Pour être à la hauteur de telles circonstances, pour être capable de gérer le changement de manière efficace et originale, même la mentalité des universitaires devra également innover de manière significative. Mais le plus intéressant dans ce défi réside dans le fait que le progrès qui nous est demandé est - au sens aristotélicien de praxis teleia, œuvre achevée -, une avancée vers nous-mêmes, une rencontre renouvelée avec l’authentique tradition de l’Universitas Studiorum. La nouvelle sensibilité culturelle, comme le développement impressionnant de la science et de la technologie depuis les dernières décennies, ont cassé les compartiments étanches entre les disciplines traditionnelles et réclament une nouvelle articulation des connaissances pour réunir la pluralité des savoirs dans l’unité de l’horizon humain. Et dans ce contexte le paradigme de l’unité de vie souhaité par le Bienheureux Josémaria Escriva se révèle extraordinairement fécond.
Interdisciplinarité
Dans une telle perspective l’interdisciplinarité n’est plus un élément décoratif, une sorte de lieu commun du discours universitaire. C’est aujourd’hui une exigence incontournable parce que les problèmes réels auxquels l’Université doit proposer une solution contiennent toujours plusieurs aspects scientifiques et ne peuvent être abordés par le biais d’un système organisationnel rigide. Comme le disait récemment le grand Chancelier de l’Université de Navarre, Monseigneur Xavier Echevarria, « chaque discipline contribue, à sa manière, à perfectionner les personnes et la société ; cette aspiration commune conduit toutes les connaissances à pouvoir et à devoir se relier entre elles et à échanger leurs richesses, sans perdre pour autant leur spécificité et sans dénaturer leurs méthodes propres. L’Université de Navarre désire que ses étudiants acquièrent non seulement une qualification professionnelle qui leur permette d’être compétents et utiles à la société, mais aussi qu’ils profitent du dialogue interdisciplinaire pour que, dans la limite de leurs possibilités humaines, ils puissent atteindre leur propre synthèse de vie. Et nous espérons qu’imprégnés d’esprit universitaire et chrétien, ils atteignent un authentique idéal d’excellence humaine et s’inspirent de nobles exemples pour mener leur vie avec droiture et esprit de service ».
La propre gestion interne des universités doit se conformer à cette dynamique de coopération inter-facultés. En plus de la générosité et de la hauteur de vues, la situation actuelle exige des façons de faire que l’Université peut trouver aussi en son propre sein, grâce aux sciences qui traitent de l’action humaine.
Mais comme nous le faisions remarquer plus haut, le changement du modèle organisationnel serait superficiel et même inefficace s’il ne reposait pas sur le changement de modèle épistémologique et éthique. Comme l’a signalé Alasdair MacIntyre, il s’agit de passer du paradigme de la certitude à celui de la vérité.
Vérité et certitude
Si on prend comme modèle la certitude, la réalité perd sa profondeur et la nature des choses n’a aucun mystère, il n’existe que des problèmes que l’on peut résoudre avec une méthodologie appropriée. Dans cette optique, les réalités objectives sont accessibles pour qui les aborde avec la méthode appropriée. Une méthode, comme celle de Descartes, nous ouvre au monde des réalités objectives : un monde accessible indépendamment de la valeur éthique personnelle, de la communauté à laquelle nous appartenons et de l’histoire qui est la nôtre. Cette façon de poser le problème a conduit à une impasse, à une série de fictions généralisées dans le langage scientifique et éthique, à une profonde démoralisation de vastes secteurs de la société. Il est grand temps de passer du paradigme de la certitude à celui de la vérité.
Si on prend comme paradigme la vérité, le savoir théorique et pratique a beaucoup de « travail », tel celui de l’artisan en quelque sorte : tel est le sens classique du mot « savant ». Pour réussir à savoir, il faut intégrer une communauté d’apprentissage, qui a sa dynamique de tradition et de progrès, qui établit des normes auxquelles se rattachent librement ses membres, qui suscite des vertus intellectuelles et éthiques sans lesquelles tout progrès dans la connaissance est superficiel et illusoire. L’accès à la vérité exige une préparation rigoureuse, des valeurs partagées et de l’autodiscipline ; tout comme le juste exercice de la liberté auquel il est étroitement rattaché.
La prétention rigide de la certitude regarde le passé pour en déduire une sécurité qui garantisse la suprématie de la raison. C’est pourquoi l’objectivisme a l’obsession de la justification et des fondements. Il finit toujours par essayer en vain d’articuler tout l’échafaudage d’une conception fondationnaliste, où les questions du « point de départ » et du modèle de déduction sont le problème central et bien sûr insoluble. C’est pourquoi la suprématie de la certitude more geometrico (à la manière géométrique) s’achève dans son invalidation postmoderne par l’anti-fondationnalisme des déconstructivistes. Par contre le paradigme de la vérité ne tombe pas sous les coups des attaques anti-fondationnalistes car il ne les concerne pas ; il ne cherche pas en effet à étayer solidement un point de départ mais veut plutôt atteindre la finalité de la recherche qui est précisément la vérité comprise comme un bien de l’intelligence. C’est pourquoi les débuts de leurs recherches sont des tentatives parfois hésitantes : il utilise la dialectique (au sens aristotélicien) c’est-à-dire la discussion des opinions les plus courantes concernant le problème qu’on essaie d’élucider. Il élimine progressivement de son esprit les positions qui en présupposent d’autres et s’en tient à ces dernières, jusqu’à ce qu’il trouve un principe qui n’en implique aucun autre et qui soit, de manières diverses, inclus chez tous les autres. Il ne considérera pas ce principe comme une vérité définitive mais le réexaminera sans cesse pour vérifier sa solidité et surtout sa fécondité sur le plan de la vérité. C’est seulement en atteignant le telos, la fin d’une recherche qui présente une structure narrative, que cette vérité pourra être considérée comme une perfection atteinte par les hommes et les femmes qui l’ont menée. Ainsi la recherche de la vérité va audacieusement de l’avant vers la plénitude de la réalité, sans réticences ou désir excessif de s’assurer entièrement du commencement et de chaque étape ultérieure. Celui qui recherche la vérité ne prétend pas à la certitude. Il essaie au contraire de rendre vulnérable ce qu’il sait, car il aspire toujours à savoir plus et mieux, tout en se réjouissant que ses théories soient éventuellement invalidées, ce qui suppose un progrès dans la recherche de la vérité. Et paradoxalement c’est cette ouverture au risque qui rend, d’une certaine façon, la personne du chercheur invulnérable, car ce qui est en jeu ce ne sont pas ses intérêts personnels mais l’évidence de la réalité.
En opposant vérité et certitude - « esprit de finesse » et « esprit de géométrie » selon la distinction de Pascal - il est inutile de s’engager dans le discours problématique des deux cultures. Comme si un des modèles représentait les Humanités et l’autre les Sciences expérimentales. Le paradigme de la vérité met évidemment en relief certains aspects de la recherche longtemps passés sous silence ou oubliés : à savoir que toute investigation en effet est une activité humaine ; qu’il faut s’y livrer au sein d’une communauté d’apprentissage et d’enseignement comme l’Université ; qu’elle possède des aspects moraux évidents et qu’elle n’est pas au-dessus des conditionnements historiques et sociaux. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’on élimine les valeurs propres au modèle de la certitude comme la rigueur dans la recherche des faits, la précision terminologique ou la qualité logique de l’argumentation. Le paradigme de la certitude, lui, bien qu’il souligne l’universalité de « l’idéal méthodique » s’inscrit aussi de fait dans le champ de la recherche dans laquelle les erreurs sont admises, des « révolutions scientifiques » opérées ; il ne manque pas de normes qu’il est interdit de contester, et les valeurs morales entrent en jeu, surtout lorsque la science est devenue majoritairement une technoscience, c’est-à-dire une recherche scientifique qui exige pour son développement une technologie très avancée et une intervention active dans le monde qui se répercute aussi sur des questions personnelles et civiques.
Aimer librement la vérité, voilà la substance de la vie universitaire. Comme le soulignait récemment le pape Jean Paul II, « la vocation de toute Université est le service rendu à la vérité pour la découvrir et la transmettre aux autres. ». Voilà qui permet à l’université « moyennant des efforts de recherche dans beaucoup de disciplines scientifiques, de se rapprocher peu à peu de la Vérité suprême. L’homme surmonte les limites des diverses disciplines du savoir et parvient à les orienter vers cette Vérité et vers la réalisation définitive de son humanité. On peut ainsi parler de la solidarité des différentes disciplines scientifiques au service de l’homme qui est appelé à découvrir la vérité sur lui-même et le monde qui l’entoure toujours plus en profondeur ». On passe ainsi d’un point de vue strictement épistémologique à une conception radicalement anthropologique de l’Université.
Rôle du « bien-vivre ensemble » dans la formation universitaire
Comme le dit Jesus Arellano, l’Université rassemble les énergies qui naissent de ce courant tout neuf de la jeunesse, les tempère grâce aux habitudes théoriques et pratiques et les lance dans des tâches de responsabilité de la vie sociale. Un enseignement de qualité est bien supérieur à la transmission d’un savoir que l’on célèbre, bien plus qu’une transmission de connaissances. Un enseignement universitaire de qualité est comme la forge éthique et scientifique qui forme des personnalités mûres et libres, se développant aux côtés de leurs professeurs et de leurs amis dans une ambiance porteuse, un climat de coexistence entre personnes cultivées, qui favorise la responsabilité civique et la promotion de la justice sociale. Un bon enseignement supérieur est constitué d’apprentissages de programmes solides, enrichis de méthodologies innovantes, de sens relationnel et de progrès dans la créativité.
« C’est dans la coexistence que se forme la personne » avait dit la Fondateur de l’Université de Navarre. Son fidèle successeur, Monseigneur Alvaro del Portillo intégrait cette théorie éducative fondamentale dans le contexte de cette fin de millénaire : « grâce à la providence toute particulière de Dieu en ces ultimes années du XXème siècle, nous avons assisté à la déroute d’une grande partie des régimes totalitaires suscités par le matérialisme théorique et celle des courants idéologiques qui servaient d’alibi à ces systèmes inhumains. Mais, comme le faisait remarquer à plusieurs reprises le pape Jean Paul II en considérant les causes des phénomènes actuels, à l’origine des graves problèmes sociaux et humains qui affligent actuellement l’Europe et le monde, se trouve cet individualisme égoïste qui vient du matérialisme pratique, qui ignore tout autant la véritable dignité de la personne humaine. Quand on oublie que l’homme est un être destiné à la transcendance et ouvert à la vie avec ses frères les hommes, la solidarité perd son fondement et la vie sociale se dégrade progressivement avec des conséquences tant sur la vie des peuples que sur l’ordre international.» C’est ici la synthèse d’un diagnostic ne craignant pas de paraître plutôt sombre mais que suit immédiatement un appel à cette force tranquille que l’Université possède en elle : « Devant ce défi historique, l’institution universitaire ne peut se soumettre lâchement aux forces dominantes, mais doit tirer, du sein de ses propres ressources intellectuelles et éthiques, les énergies nécessaires pour trouver des solutions à des problèmes aussi cruciaux ».
Identité chrétienne de l’Université
Selon le Bienheureux Josémaria, les trois objectifs institutionnels de l’Université sont l’élaboration d’une synthèse des savoirs, la formation harmonieuse des étudiants et le service rendu à la société. De tels buts sont maintenant, en ce clair-obscur de la fin du siècle, d’une nouvelle actualité. Il est aujourd’hui possible que l’humanisme d’origine classique et la sagesse chrétienne donnent la main à la science la plus avancée et à la technologie la plus en pointe. Il importe d’avoir le souci de la formation de professionnels efficaces justement parce qu’ils possèdent une vision unitaire et globale de la réalité, parce que ce sont des personnes cultivées. Servir la société ne se réduit donc pas à succomber à la routine du pragmatisme mais implique d’anticiper avec audace un avenir plus juste.
La fécondité du travail académique acquiert des perspectives transcendantes lorsque, dans un climat ouvert et amical, elle s’inspire des valeurs chrétiennes contenues à l’origine de l’idée d’Université. La Foi est une illumination et un stimulant, nullement un obstacle ou une barrière quand on comprend que le christianisme est une vie libérée par le Christ, une existence délivrée de la vanité et de la dispersion. Comme l’a dit une fois le professeur Elisabeth Anscombe, l’élément décisif dans une Université est de savoir que Dieu est la Vérité.
Le projet que le Fondateur de l’Opus Dei formait pour l’Université n’est en aucun cas de circonstance ou fortuit. Son point de départ, son inspiration centrale en effet est l’unité des fluctuations de la vie, la synthèse de ce qui paraît dispersé, la conciliation de ce qui semble apparemment opposé. La tension radicale vers Dieu de tout ce foisonnement bigarré qu’est la vie quotidienne, unifie en les ordonnant les aspects les plus divers de l’activité humaine. L’idéal d’unité et d’universalité qui est l’essence de tout projet universitaire a trouvé dans le paradigme de l’unité de vie proposé par le Bienheureux Josémaria Escriva de Balaguer, un chemin qui permet de renouveler l’idée d’Université à une époque d’incertitudes et de contradictions.
La proposition du Bienheureux Josémaria pour l’Université
La réponse du bienheureux Josémaria à cette situation historique complexe surprend immédiatement par son immédiateté et sa simplicité. Il se démarque avec élégance des divagations intellectuelles. Il laisse de côté les discours parasitaires présents dans l’atmosphère étriquée de la critique et de la crise. Il abandonne avec naturel les réflexions secondaires de ceux qui sont occupés à ce qui a déjà été pensé. Il aimait « enfoncer les clous par la pointe ». Il va directement au fond du problème, avec la simplicité et l’assurance de celui qui connaît quelque chose comme s’il la voyait. Puis il propose une solution qui étonne par son actualité et par sa pertinence, avec un souffle puissant, une grande hauteur de vue et de multiples nuances : une solution qui n’en reste pas simplement aux conditions historiques initiales mais qui les reprend et les transforme en une synthèse innovante.
En découvrant la grâce extraordinaire par laquelle Dieu lui fit voir son dessein divin , le Fondateur de l’Opus Dei par la fidélité à cette grâce et sa lucidité intellectuelle, fut amené à découvrir intuitivement, de façon assurée et pénétrante, que les portes de sortie d’une situation sociale apparemment insoluble se trouvent dans la vie ordinaire, faite d’une multiplicité de petites réalités et surtout dans la vision unitaire de cette racine vitale et de son déploiement multiforme au service de Dieu notre Père. C’est ainsi que son esprit et sa doctrine contiennent une réponse aux angoisses de notre temps ainsi qu’un message valable pour tous les temps. C’est de cette façon également que sont indiquées les lignes maîtresses d’un réexamen complet de ce que doit être cette institution unificatrice des savoirs et des formes de vie que nous appelons Université.
Le projet de faire de la sanctification du travail ordinaire l’axe principal de l’existence chrétienne au milieu du monde est un programme transcendant qui surpasse les antithèses irréconciliables de la pensée anthropocentrique. Il l’a admirablement exposé un matin d’octobre au cours de ce discours déjà évoqué prononcé à l’Université de Navarre et qu’étudiants et professeurs connaissent sous le nom de « l’Homélie du campus » : « Je vous assure mes enfants, que lorsqu’un chrétien accomplit avec amour les actions quotidiennes les moins transcendantes, ce qu’il fait déborde de transcendance divine. Voilà pourquoi je vous ai dit et répété, jusqu’au ressassement, que la vocation chrétienne consiste à convertir en alexandrins la prose de chaque jour. Sur la ligne de l’horizon, mes enfants, le ciel et la terre semblent se rejoindre. Mais non, là où ils s’unissent, en réalité, c’est dans vos cœurs, lorsque vous vivez saintement la vie ordinaire… »
Le Fondateur et premier Grand Chancelier de l’Université de Navarre enseigna ces vérités essentielles par sa doctrine profonde et avant tout par sa vie héroïque. En toutes circonstances, dans ses discours universitaires, ses homélies, ses réunions inoubliables, il montra comment l’efficacité se joint à la miséricorde, les exigences à la compréhension, la liberté au don de soi, la bonne humeur au sérieux, la préoccupation pour les grands problèmes de la vie au soin des plus petits détails. Et il le fit comme un « jongleur de Dieu », sans prétentions formalistes, sans aide, armé de sa foi, avec une joie et une empathie qui triomphaient des rigidités et des froideurs. A travers la figure aimable du saint prêtre apparaissait l’homme cultivé, le grand universitaire capable de galvaniser les enthousiasmes des chercheurs et des enseignants autour des valeurs pérennes et particulièrement actuelles.
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